Exposition Bettina Rheims à la MEP de Paris

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La française Bettina Rheims, qui s’est initiée à l’art de la photographie à l’orée des années 80, est actuellement à l’honneur de la MEP (Maison Européenne de la Photographie) où pas moins de 3 étages lui sont dédiés, soit la majeure partie de l’espace, pour une (re)découverte complète des champs thématiques de son œuvre aujourd’hui adoubée par le grand publique.

Il était temps qu’un évènement de la sorte soit organisé dans les conditions idéales comme sait les réunir le bel écrin de la MEP. L’occasion nous est ainsi donnée de profiter pleinement des clichés de très grandes tailles (environ 2 m de haut pour les plus imposants) de celle qui fut à une époque décriée pour ses inspirations jugées trop proches de celles d’Helmut Newton, Guy Bourdin ou Robert Mapplethorpe sans jamais parvenir au niveau de ses illustres ainés d’après ces mêmes critiques. Sauf que le temps est passé par là et a rendu le travail de Bettina Rheims accessible et bien plus digne d’éloges aux yeux du grand publique qu’autrefois.

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Si le but premier des photos de Bettina Rheims était en leur temps de choquer pour réveiller les consciences, il faut bien avouer qu’aujourd’hui elles n’offusquent plus grand monde puisque l’esthétique « porno chic » de ses séries les plus célèbres est depuis rentrée dans les mœurs et dans les codes de la publicité qui se l’est accaparée, nous desservant quotidiennement son lot d’images à fortes connotations sexuelles.

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Mais, remontons nos montres de quelques décennies pour apprécier à sa juste mesure cette abondante rétrospective.

Loin des dictats de la mode, Bettina Rheims évolue avec son regard singulier, révélant au grès de ses envies et de ses rencontres les beautés des modèles, actrices et chanteuses pop-rock qui semblent s’abandonner à son objectif. Ainsi nous pourrions citer pour les plus célèbres : Kristin Scott Thomas, Sharon Stone, Monica Bellucci, Heather Graham, Rose McGowan, Angelina Jolie, Catherine Deneuve, Milla Jovovich, Lætitia Casta, Madonna, Gwen Stefani,…
C’est elle qui dès 1989 révéla dans sa série « Modern lovers » la jeune modèle longiligne, aujourd’hui mondialement connue, Kate Moss.

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Je suis à chaque fois étonnée de voir tout ce que peut dévoiler un photographe sur son modèle et révéler de lui-même grâce à un cliché. La force est l’une des caractéristiques principales qui ressortent de ceux de Bettina Rheims. Pas la force physique, la force du cliché. Une femme peut être enroulée de tulle à moitié nue avec une expression détachée, il y a cette force tranquille, ce charisme et cette sensualité qui explose lorsqu’on la regarde. L’abandon et la torsion du corps sont les composantes primaires des tableaux que nous livre la photographe.

Dans ses séries sur les « transgenres » , thématique chère à la photographe qui s’intéresse à la question des personnes en marge de toute définition classique dès 1989, Kim redevient homme le temps d’une pose pour Bettina. Il y a une gravité, une élégance et une telle féminité en dehors de toute norme de représentation genrée qui m’ont profondément touchée.

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Dans la multitude de photos de l’artiste, je vous ai sélectionné les cinq qui m’ont le plus interpellée (mais tant d’autres sont à voir !). Parmi elles se trouve celle de Karen Elson ornée d’une couronne de fleurs jaunes et d’un gloss rouge vif. L’harmonie, la douceur, le mouvement du corps et ce contraste entre les lèvres généreuses d’une teinte intense et les fines fleurs pales donnent à ce tableau délicat une sensualité puissante.

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À la découverte de la photo de la chanteuse rock Shirley Manson, effectuée dans les premières années du groupe Garbage en 1996, j’ai aussitôt pensé qu’elle avait capté à la perfection ce que l’on voit d’elle sur scène. Une tornade d’énergie au caractère affirmé avec une pointe de provocation. Tout ce que j’aime en elle et ce qu’elle m’inspire. 😉

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Les photos de Charlotte Rampling, on en parle ? Quelle femme ! Elle a une classe incroyable et un charisme gigantesque en temps normal. Mais là, bien que la photo ne soit pas la plus grande, elle attire tant le regard en occultant tout le reste autour que j’en suis restée sans voix durant une longue minute. L’actrice a posé à différentes époques pour la photographe et on la retrouve à chaque fois avec un grand plaisir à divers endroits de l’exposition.

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Autre comédienne éblouissante, Tilda Swinton est une femme qui habituellement ne passe pas inaperçue avec ses traits fins et sa silhouette androgyne. Ici, à travers le regard de Bettina, j’y vois toute sa féminité et sa stature de femme affirmée et combative. Voici une bien jolie guerrière revêtue de mousseline. Mais prenez garde, c’est le calme avant la tempête. La délicatesse dans un cadre brut.

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Sur Le phénomène de l’osmose, cliché issu de « Rose c’est Paris », une femme au double corps juxtaposé se dresse sur fond de papier peint à fleurs. J’y vois une déesse au regard fermé sur le passé et un second visage à la vision tournée droit vers nous, comme ouverte sur le présent, tel Janus le dieu romain à deux faces symbole de renouvellement et de changement. Son côté onirique m’a saisi et beaucoup plu.

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Dans sa série « Olga » , la jeune modèle russe Olga Rodionova est mise en scène avec d’autres hommes de manière érotique à la demande de son mari millionnaire afin d’explorer ses fantasmes aux tendances fétichistes et dominatrices. Je trouve qu’il se dégage de cette série une fierté et une insolence assumée.

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Les théâtralisations du mythe christique abordé dans sa série « I.N.R.I. » , plus contrastées et donc plus crues de mon point de vue, eurent moins d’échos sur moi, sans doute à cause de la connotation religieuse, certes modernisée, mais très appuyée, qui de fait me touche moins.

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Sa série « Animal » composée à partir de photographies d’animaux empaillés a également sa place dans cette vaste exposition. La colombe se fait discrète et le tigre montre les crocs. Chacun parvient le temps d’un instant à nous faire croire qu’il est encore en vie. Mais il n’en est rien, et cela tient de toute évidence au talent de celle qui a su capturer une dernière fois leur expressivité bestiale.

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Comme initialement prévu, j’aurais adoré rencontrer Bettina Rheims le matin de ma visite, mais un contretemps l’en a empêchée. À la place, j’ai écouté l’intéressant discours de Vanessa Mourot qui a montée avec la participation de Jean-Luc Monterosso cette riche exposition.

Avec cette foisonnante rétrospective, Bettina Rheims accède ainsi (et enfin) à la reconnaissance qui lui est due pour son travail qui s’étale maintenant sur plus quatre décennies. L’œil et l’esprit étant désormais ouverts et accoutumés à ses thématiques, ses clichés demeurent aujourd’hui de fantastiques témoins de leur époque et autant de révélateurs des mœurs de notre société qui évoluent, sans doute lentement mais sûrement.

Merci à la MEP d’avoir organisé une si grande exposition sur autant de niveaux. J’ai pu y admirer de larges formats mis en valeur par l’espace important qui leur était consacré. Ainsi les photos respirent et nous aussi !

Kloé

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Exposition Bettina Rheims,
actuellement et jusqu’au 27 mars
Maison Européenne de la photographie
5/7 rue de Fourcy – 75004 Paris
Tél. : 01.44.78.75.00.

Photos © Sébastien R. – Les instantanés de Kloé.fr

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